Textes fondateurs
Message de Jean-Paul II aux jeunes de France
MESSAGE DE JEAN-PAUL II
AUX JEUNES DE FRANCE
ParisDimanche, 1er juin 1980
Merci, merci, chers jeunes de France, d'être venus ce soir pour cette veillée avec le Pape ! Merci de votre confiance ! Merci à tous ceux aussi qui m'ont écrit ! La rencontre avec la jeunesse est toujours un temps fort de mes visites pastorales. Merci de ce que vous avez préparé ce soir pour les yeux et pour le cœur ! Vous me donnez maintenant votre témoignage, vous professez votre foi. Et moi, ensuite, je parlerai de votre vie de jeunes, en ayant présentes à l'esprit vos questions, et je professerai avec vous toute la foi de l'Église.
Chers jeunes de France,
1. Merci infiniment d'être venus si nombreux, si joyeux, si confiants, si unis entre vous ! Merci aux jeunes de Paris et de la région parisienne ! Merci aux jeunes qui sont venus avec enthousiasme des quatre coins de France ! J'aurais tant aimé serrer la main de chacun d'entrevous, rencontrer son regard, lui dire une parole personnelle et amicale. Cette impossibilité matérielle n'est pas un obstacle à la profonde communion des esprits et des cœurs. Vos échanges de témoignages en sont la preuve. Votre assemblée réjouit mes yeux et bouleverse mon cœur. Votre assemblée de jeunes a voulu être digne des foules de jeunes que j'ai déjà rencontrées au cours de mes voyages apostoliques, au Mexique d'abord, puis en Pologne, en Irlande, aux États-Unis, et tout récemment en Afrique.
Je puis vous le confier : Dieu m'a fait la grâce- comme à tant d'évêques et de prêtres - d'aimer passionnément les jeunes, assurément différents d'un pays à l'autre, mais tellement semblables dans leurs enthousiasmes et leurs déceptions, leurs aspirations et leurs générosités ! Ceux d'entre vous qui ont eu la possibilité de nouer contacts et amitiés avec la jeunesse d'une autre province, d'un autre pays,d'un autre continent que les leurs, comprennent peut-être mieux et partagent certainement ma foi dans la jeunesse, parce qu'elle est partout, aujourd'hui comme hier, porteuse de grandes espérances pour le monde et pour l'Église. Jeunes de France, chrétiens convaincus ou sympathisants envers le christianisme, je voudrais, en cette soirée inoubliable, que nous fassions tous ensemble une ascension, une véritable cordée en direction des sommets à la fois difficiles et tonifiants de la vocation de l'homme, de l'homme chrétien. Je veux en effet partager avec vous, comme un ami avec ses amis, mes propres convictions d'homme et des erviteur de la foi et de l'unité du peuple de Dieu.
2. Vos problèmes et vos souffrances de jeunes me sontconnus, au moins à un plan général : une certaine instabilité inhérente àvotre âge et augmentée par l'accélération des mutations de l'histoire, unecertaine défiance à l'égard des certitudes, exacerbée par le savoir appris àl'école et l'ambiance fréquente de critique systématique, l'inquiétude del'avenir et les difficultés d'insertion professionnelle, l'excitation et lasurabondance des désirs dans une société qui fait du plaisir le but de la vie,le sentiment pénible d'impuissance à maîtriser les conséquences équivoques ounéfastes du progrès, les tentations de révolte, d'évasion ou de démission. Toutcela, vous le savez, au point d'en être saturés. Je préfère, avec vous, gagner les hauteurs. Je suis persuadéque vous voulez sortir de cette atmosphère débilitante et approfondir ouredécouvrir le sens d'une existence véritablement humaine parce que ouverte àDieu, en un mot votre vocation d'hommedans le Christ.
3. L'être humain est un être corporel. Cette affirmation toute simple est lourde de conséquences. Si matériel qu'il soit, le corps n'est pas un objet parmi d'autres objets. Il est d'abord quelqu'un, en ce sens qu'il est une manifestation de la personne, un moyende présence aux autres, de communication, d'expression extrêmement variée. Le corps est une parole, un langage. Quelle merveille et quel risque en même temps !
Jeunes gens et jeunes filles, ayez un très grand respect de votre corps et du corps des autres ! Que votre corps soit au service de votre moi profond ! Que vos gestes,vos regards, soient toujours le reflet de votre âme ! Adoration du corps ? Non, jamais ! Mépris du corps ? Pas davantage. Maîtrise du corps ! Oui ! Transfiguration du corps ! Plus encore !
Il vous arrive souvent d'admirer cette merveilleuse transparence de l'âme chez beaucoup d'hommes et de femmes dans l'accomplissement quotidien de leurs tâches humaines. Pensez à l'étudiant ou au sportif qui mettent toutes leurs énergies physiques au service de leur idéal respectif. Pensez au papa et à la maman dont le visage penché sur leur enfant respire si profondément les joies de la paternité et de la maternité. Pensez au musicien ou à l'acteur identifié aux auteurs qu'ils font revivre. Voyez le trappiste ou le chartreux, la carmélite ou la clarisse radicalement livrés à la contemplation et laissant transparaître Dieu.
Je vous souhaite vraiment de relever le défi de ce temps et d'être tous et toutes des champions de la maîtrise chrétienne du corps. Lesport bien compris, et qui renaît aujourd'hui au-delà du cercle des professionnels, est un très bon adjuvant.
Cette maîtrise est déterminante pour l'intégration de la sexualité à votre vie de jeunes et d'adultes. Il est difficile de parler de la sexualité à l'époque actuelle, marquée par un défoulement qui n'est pas sans explication mais qui est, hélas, favorisée par une véritable exploitation de l'instinct sexuel.
Jeunes de France,l'union des corps a toujours été le langage le plus fort que deux êtres puissent se dire l'un à l'autre. Et c'est pourquoi un tel langage, qui touche au mystère sacré de l'homme et de la femme, exige qu'on n'accomplisse jamais les gestes de l'amour sans que les conditions d'une prise en charge totale et définitive de l'autre soient assurées, et que l'engagement en soit pris publiquement dans le mariage. Jeunes de France, gardez ou retrouvez une saine vision des valeurs corporelles !Contemplez davantage le Christ Rédempteur de l'homme ! Il est le Verbe fait chair que tant d'artistes ont peint avec réalisme pour nous signifier clairement qu'il a tout assumé de la nature humaine, y compris la sexualité, en la sublimant dans la chasteté.
4. L'esprit est la donnée originale qui distingue fondamentalement l'homme du monde animal et qui lui donne un pouvoir de maîtrise sur l'univers. Je ne résiste pas à vous citer votre incomparable écrivain français Pascal : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser [...] ; mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée [...] ;travaillons donc à bien penser » [1].
En parlant ainsi de l'esprit, j'entends l'esprit capable de comprendre, de vouloir, d'aimer. C'est proprement par là que l'homme est homme.Sauvegardez à tout prix en vous et autour de vous le domaine sacré de l'esprit ! Vous savez que dans le monde contemporain, il existe encore, hélas, des systèmes totalitaires qui paralysent l'esprit, portent gravement atteinte à l'intégrité, à l'identité de l'homme, en le réduisant à l'état d'objet, de machine, en le privant de sa force de rebondissement intérieur, de ses élans de liberté et d'amour. Vous savez aussi qu'il existe des systèmes économiques qui, tout en se flattant de leur formidable expansion industrielle, accentuent en même temps la dégradation, la décomposition de l'homme.
Même les mass-médias, qui devraient contribuer au développement intégral des hommes et à leur enrichissement réciproque dans une fraternité croissante, ne sont pas sans provoquer non plus un martèlement et même l'envoûtement des intelligences et des imaginations qui nuisent à la santé de l'esprit, du jugement et du cœur, déforment chez l'homme la capacité dediscerner ce qui est sain de ce qui est malsain. Oui, à quoi bon des réformes sociales et politiques même très généreuses, si l'esprit, qui est aussi conscience, perd sa lucidité et sa vigueur ?
Pratiquement, dans ce monde tel qu'il est et que vous ne devez pas fuir, apprenez de plus en plus à réfléchir, à penser ! Les études que vous faites doivent être un moment privilégié d'apprentissage à la vie de l'esprit. Démasquez les slogans,les fausses valeurs, les mirages, les chemins sans issue ! Je vous souhaite l'esprit de recueillement,d'intériorité. Chacun et chacune de vous, à son niveau, doit favoriser le primat de l'esprit et même contribuer à remettre en honneur ce qui a valeur d'éternité plus encore que d'avenir. En vivant ainsi, croyants ou non-croyants,vous êtes tout proches de Dieu. Dieu est Esprit !
5. Vous valez aussi ce que vaut votre cœur. Toute l'histoire de l'humanité est l'histoire du besoin d'aimer et d'être aimé. Cette fin de siècle - surtout dans les régions d'évolution sociale accélérée - rend plus difficile l'épanouissement d'une saine affectivité. C'est sans doute pourquoi beaucoup de jeunes et de moins jeunes recherchent l'ambiance de petits groupes, afin d'échapper à l'anonymat et parfois à l'angoisse, afin de retrouver leur vocation profonde aux relations interpersonnelles. À en croire une certaine publicité, notre époque serait même éprise de ce que l'on pourrait appeler un doping du cœur.
Il importe en ce domaine, comme dans les précédents, de voir clair. Quel que soit l'usage qu'en font les humains, le cœur - symbole de l'amitié et de l'amour - a aussi ses normes, son éthique. Faire place au cœur dans la construction harmonieuse de votre personnalité n'a rien à voir avec la sensiblerie ni même la sentimentalité. Le cœur, c'est l'ouverture de tout l'être à l'existence des autres,la capacité de les deviner, de les comprendre. Une telle sensibilité, variée et profonde, rend vulnérable. C'est pourquoi certains sont tentés de s'en défaire en se durcissant.
Aimer, c'est donc essentiellement se donner aux autres. Loin d'être une inclination instinctive, l'amour est une décision consciente de la volonté d'aller vers les autres. Pour pouvoir aimer en vérité, il faut se détacher de bien des choses et surtout de soi, donner gratuitement, aimer jusqu'au bout. Cette dépossession de soi- œuvre de longue haleine - est épuisante et exaltante. Elle est source d'équilibre. Elle est le secret du bonheur.
Jeunes de France, levez plus souvent les yeux vers Jésus-Christ ! Il est l'Homme qui a le plus aimé, et le plus consciemment,le plus volontairement, le plus gratuitement ! Méditez le testament du Christ : « Il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime ». Contemplez l'Homme-Dieu, l'homme au cœur transpercé ! N'ayez pas peur ! Jésus n'est pas venu condamner l'amour mais libérer l'amour de ses équivoques et de ses contrefaçons. C'est bien Lui qui a retourné le cœur de Zachée, de la Samaritaine, et qui opère aujourd'hui encore, par le monde entier, de semblables conversions. Il me semble que, ce soir,le Christ murmure à chacun et à chacune d'entre vous : « Donne moi ton cœur !... Je le purifierai, je le fortifierai, je l'orienterai vers tous ceux qui en ont besoin : vers ta propre famille, vers ta communauté scolaire ou universitaire, vers ton milieu social, vers les mal aimés, vers les étrangers qui vivent sur le sol de France, vers les habitants du monde entier qui n'ont pas de quoi vivre et se développer, vers les plus petits d'entre les hommes. L'amour exige le partage ! »
Jeunes de France, c'est l'heure plus que jamais de travailler la main dans la main à la civilisation de l'amour, selon l'expression chère à mon grand prédécesseur Paul VI. Quel chantier gigantesque ! Quelle tâche enthousiasmante !
Au plan du cœur, de l'amour, j'ai encore une confidence à vous faire. Je crois de toutes mes forces que beaucoup parmi vous sont capables de risquer le don total, au Christ et à leurs frères, de toutes leurs puissances d'aimer. Vous comprenez parfaitement que je veux parler de la vocation au sacerdoce et à la vie religieuse. Vos villes et vos villages de France attendent des ministres au cœur brûlant pour annoncer l'Évangile,célébrer l'Eucharistie, réconcilier les pécheurs avec Dieu et avec leurs frères. Ils attendent aussi des femmes radicalement consacrées au service des communautés chrétiennes et de leurs besoins humains et spirituels. Votre réponse éventuelle à cet appel se situe bien dans l'axe de l'ultime question de Jésus à Pierre : « M'aimes-tu ? ».
6. J'ai parlé des valeurs du corps, de l'esprit et du cœur. Mais en même temps j'ai laissé entrevoir une dimension essentielle sans laquelle l'homme retombe prisonnier de lui-même ou des autres : c'est l'ouverture à Dieu. Oui, sans Dieu, l'homme perd la clef lui-même, il perd la clef de son histoire. Car, depuis la création, il porte en lui la ressemblance de Dieu. Celle-ci, reste en lui à l'état de vœu implicite et de besoin inconscient, malgré le péché. Et l'homme est destiné à vivre avec Dieu. Là encore, le Christ va se révéler notre chemin. Mais ce mystère nous demande peut-être une attention plus grande.
Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, a vécu tout ce qui fait la valeur de notre nature humaine, corps, esprit et cœur, dans une relation aux autres pleinement libre, marquée du sceau de la vérité et remplie d'amour. Toute sa vie, autant que ses paroles, a manifesté cette liberté, cette vérité, cet amour, et spécialement le don volontaire de sa vie pour les hommes.Il a pu proclamer ainsi la charte d'un monde bienheureux, oui bienheureux, sur le chemin de la pauvreté, de la douceur, de la justice, de l'espérance, de la miséricorde, de la pureté, de la paix, de la fidélité jusque dans la persécution, et deux mille ans après, cette charte est inscrite au cœur de notre rassemblement. Mais le Christ n'a pas seulement donné l'exemple et enseigné. Il a effectivement libéré des hommes et des femmes de ce qui tenait captif leur corps, leur esprit et leur cœur. Et depuis qu'il est mort et ressuscité pour nous, il continue à le faire, pour les hommes et les femmes de toute condition et de tout pays, du moment qu'ils lui donnent leur foi. Il est le Sauveur de l'homme. Il est le Rédempteur de l'homme. « Eccehomo », disait Pilate, sans bien comprendre la portée de ses paroles :« Voilà l'homme ».
Comment osons-nous dire cela, chers amis ?La vie terrestre du Christ a été brève, plus brève encore son activité publique. Mais sa vie est unique, sa personnalité est unique au monde. Il n'est pas seulement un frère pour nous, un ami, un homme de Dieu. Nous reconnaissons en lui le Fils unique de Dieu, celui qui ne fait qu'un avec Dieu le Père et que le Père a donné au monde. Avec l'Apôtre Pierre, dont je suis l'humble Successeur, je professe : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Et c'est bien parce que le Christ partage à la fois la nature divine et notre nature humaine que l'offrande de sa vie, dans sa mort et sa résurrection, nous atteint, nous les hommes d'aujourd'hui, nous sauve, nous purifie, nous libère, nous élève : « Le Fils de Dieu s'est uni d'une certaine manière à tout homme ». Et j'aime redire ici le souhait de ma première encyclique : « Que tout homme puisse retrouver le Christ afin que le Christ puisse parcourir la route de l'existence, en compagnie de chacun, avec la puissance de vérité sur l'homme et sur le monde contenue dans le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption, avec la puissance de l'amour qui en rayonne » [2].
Si le Christ libère et élève notre humanité, c'est qu'il l'introduit dans l'alliance avec Dieu, avec le Père, avec le Fils, avec le Saint-Esprit. Nous fêtions ce matin la Sainte Trinité. Voilà la véritable ouverture à Dieu à laquelle chaque cœur humain aspire même sans le savoir et que le Christ offre au croyant. Il s'agit d'un Dieu personnel et pas seulement du Dieu des philosophes et des savants, mais du Dieu révélé dans la Bible, Dieu d'Abraham, Dieu de Jésus-Christ, celui qui est au cœur de notre histoire. C'est le Dieu qui peut saisir toutes les ressources de votre corps, de votre esprit,de votre cœur, pour leur faire porter du fruit, en un mot qui peut saisir tout votre être pour le renouveler dans le Christ, dès maintenant et au-delà de la mort.
Voilà ma foi, voilà la foi de l'Église depuis les origines,la seule qui est fondée sur le témoignage des Apôtres, la seule qui résiste aux flottements, la seule qui sauve l'homme. Je suis sûr que beaucoup d'entre vous en ont déjà fait l'expérience. Puissent-ils trouver dans ma venue un encouragement à l'approfondir par tous les moyens que l'Église met à leur disposition.
D'autres sans doute sont plus hésitants à adhérer pleinement à cette foi. Certains se disent en recherche à ce sujet. Certains s'estiment incroyants et peut-être incapables de croire, ou indifférents à la foi. D'autres refusent encore un Dieu dont le visage leur a été mal présenté. D'autres enfin,ébranlés par les retombées des philosophies du soupçon qui présentent la religion comme illusion ou aliénation, sont peut-être tentés de construire un humanisme sans Dieu. À tous ceux-là, je souhaite pourtant que, par honnêteté,ils laissent au moins leur fenêtre ouverte sur Dieu. Autrement ils risquent de passer à côté de la route de l'homme qu'est le Christ, de s'enfermer dans des attitudes de révolte, de violence, de se contenter de soupirs d'impuissance ou de résignation. Un monde sans Dieu se construit tôt ou tard contre l'homme. Certes, bien des influences sociales ou culturelles, bien des événements personnels ont pu incomber votre chemin de foi, ou vous en détourner.
Mais en fait, si vous le voulez, au milieu de ces difficultés que je comprends, vous avez encore finalement beaucoup de chance,dans votre pays de liberté religieuse, pour déblayer ce chemin et accéder, avecla grâce de Dieu, à la foi ! Vous en avez les moyens ! Lesprenez-vous vraiment ? Au nom de tout l'amour que je vous porte, jen'hésite pas à vous inviter : « Ouvreztoutes grandes vos portes au Christ ! ». Que craignez-vous ?Faites-lui confiance. Risquez de le suivre. Cela demande évidemment que voussortiez de vous-mêmes, de vos raisonnements, de votre « sagesse », devotre indifférence, de votre suffisance, des habitudes non chrétiennes que vousavez prises peut-être. Oui, cela demande des renoncements, une conversion,qu'il vous faut d'abord oser désirer, demander, dans la prière et commencer àpratiquer. Laissez le Christ être pour vous le Chemin, la Vérité et la Vie.Laissez-le être votre salut et votre bonheur. Laissez-le saisir votre vie toutentière pour qu'elle atteigne avec lui toutes ses dimensions, pour que toutesvos relations, activités, sentiments, pensées soient intégrés en lui, onpourrait dire « christifiés ». Jesouhaite qu'avec le Christ vous reconnaissiez Dieu comme la source et la fin devotre existence.
Voilà les hommes et les femmes dont le monde a besoin, dont la France a besoin. Vous aurez personnellement le bonheur promis dans les Béatitudes et vous serez, en toute humilité et respect des autres, et au milieu d'eux, le ferment dont parle l'Évangile. Vous bâtirez un monde nouveau ; vous préparerez un avenir chrétien. C'est un chemin de croix, oui, c'est aussi un chemin de joie, car c'est un chemin d'espérance.
Avec toute ma confiance et toute mon affection j'invite lesjeunes de France à relever la tête et à marcher ensemble sur ce chemin, la maindans la main du Seigneur. « Jeune fille, lève-toi ! Jeune homme,lève-toi ! ».
[1] Pascal, Pensées, n. 347.
[2] Ioannis Pauli PP. II Redemptor Hominis, 13.
© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana
LETTRE DU PAPE BENOÎT XVI AU DIOCÈSE DE ROME
SUR LE DEVOIR URGENT
DE LA FORMATION DES NOUVELLES GÉNÉRATIONS
Chers fidèles de Rome,
J'ai pensé m'adresser à vous par cette lettre pour vous parler d'un problème que vous-mêmes ressentez et sur lequel les diverses composantes de notre Église sont fortement engagées : le problème de l'éducation. Nous avons tous à cœur le bien des personnes que nous aimons, en particulier de nos enfants, adolescents et jeunes. Nous savons, en effet, que c'est d'eux que dépend l'avenir de notre ville. Nous ne pouvons donc qu'être attentifs à la formation des nouvelles générations, à leur capacité de s'orienter dans la vie et de discerner le bien du mal, à leur santé non seulement physique, mais aussi morale.
Éduquer n'a toutefois jamais été facile et cela semble devenir encore plus difficile aujourd'hui. Les parents, les enseignants, les prêtres et tous ceux qui exercent des responsabilités éducatives directes le savent bien. On parle donc d'une grande "urgence éducative" confirmée par les échecs auxquels se heurtent trop souvent nos efforts pour former des personnes solides, capables de collaborer avec les autres et de donner un sens à leur vie. Nous en rejetons alors spontanément la faute sur les nouvelles générations, comme si les enfants qui naissent aujourd'hui étaient différents de ceux qui naissaient jadis. On parle, en outre, d'une "fracture entre les générations", qui existe certes et qui est importante, mais qui est l'effet, plutôt que la cause, du manque de transmission de certitudes et de valeurs.
Devons-nous alors rejeter la faute sur les adultes d'aujourd'hui, qui ne seraient plus capables d'éduquer ? La tentation de renoncer est certainement forte, chez les parents et chez les enseignants et, plus généralement, chez les éducateurs, et plus encore le risque de ne pas même comprendre quel est leur rôle ou mieux, la mission qui leur est confiée. En réalité, ce qui est en question ce sont non seulement les responsabilités personnelles des adultes ou des jeunes, qui existent effectivement et ne doivent pas être cachées, mais aussi une atmosphère diffuse, une mentalité et une forme de culture qui conduisent à douter de la valeur de la personne humaine, de la signification même de la vérité et du bien, en dernier ressort, de la bonté de la vie. Il devient alors difficile de transmettre d'une génération à l'autre quelque chose de valable et de certain, des règles de comportement, des objectifs crédibles autour desquels construire sa vie.
Aussi, chers frères et sœurs de Rome, voudrais-je vous dire une parole très simple. N'ayez pas peur ! Toutes ces difficultés, en effet, ne sont pas insurmontables. Elles sont plutôt, pour ainsi dire, le revers de la médaille du grand et précieux don qu'est notre liberté, avec la responsabilité qui précisément l'accompagne. A la différence de ce qui se produit dans le domaine technique ou économique, où les progrès d'aujourd'hui peuvent s'ajouter à ceux du passé, dans le cadre de la formation et de la croissance morale des personnes une telle possibilité d'accumulation n'existe pas, car la liberté de l'homme est toujours nouvelle et donc chaque personne et chaque génération doit prendre à nouveau et personnellement ses décisions. Même les plus grandes valeurs du passé ne peuvent pas être transmises en héritage; elles doivent, de fait, être faites nôtres et renouvelées à travers un choix personnel souvent laborieux.
Toutefois, quand les fondations sont ébranlées ou quand les certitudes essentielles font défaut, le besoin de ces valeurs recommence à se faire sentir de façon urgente : ainsi, concrètement, la demande d'une éducation qui soit une réelle éducation, augmente aujourd'hui. Les parents, préoccupés et souvent angoissés pour l'avenir de leurs enfants, la demandent; beaucoup d'enseignants, qui vivent la triste expérience de la dégradation de leurs écoles, la demandent; la société dans son ensemble, qui voit mettre en doute les bases mêmes de la coexistence, la demande; les enfants et les jeunes, qui ne veulent pas être laissés seuls face aux défis de la vie, la demandent au plus profond d'eux-mêmes. Par ailleurs, celui qui croit en Jésus Christ a une autre raison, plus forte encore, de ne pas avoir peur : il sait, en effet, que Dieu ne nous abandonne pas, que son amour nous atteint là où nous sommes et tels que nous sommes, avec nos pauvretés et nos faiblesses, pour nous offrir une nouvelle possibilité de bien.
Chers frères et sœurs, pour rendre plus concrètes mes réflexions, il peut être utile de discerner quelques exigences communes d'une éducation authentique. Elle a besoin avant tout de cette proximité et de cette confiance qui naissent de l'amour; je pense à l'expérience première et fondamentale de l'amour que font, ou du moins devraient faire, les enfants avec leurs parents. Mais tout éducateur véritable sait que pour éduquer il doit donner quelque chose de lui-même et qu'ainsi seulement il peut aider ses élèves à surmonter leurs égoïsmes et à devenir, à leur tour, capables d'un amour authentique.
Chez le petit enfant déjà, il existe un grand désir de savoir et de comprendre qui se manifeste dans ses questions et ses demandes d'explications incessantes. Une éducation qui se limiterait à fournir des notions et des informations, mais qui laisserait de côté la grande question concernant la vérité, surtout cette vérité qui peut servir de guide dans notre vie, serait une bien pauvre éducation.
La souffrance aussi fait partie de la vérité de notre vie. Par conséquent, en cherchant à tenir les plus jeunes à l'écart de toute difficulté et expérience de la douleur, nous risquons de faire grandir, malgré nos bonnes intentions, des personnes fragiles et peu généreuses : la capacité d'aimer correspond, de fait, à la capacité de souffrir et de souffrir ensemble.
Nous en arrivons ainsi, chers amis de Rome, au point sans doute le plus délicat de l'œuvre éducative : trouver un juste équilibre entre la liberté et la discipline. Sans règles de comportement et de vie, mises en évidence jour après jour jusque dans les petites choses, on ne forme pas le caractère et on n'est pas préparé à affronter les épreuves qui ne manqueront pas à l'avenir. Cependant, la relation éducative est avant tout la rencontre de deux libertés et l'éducation bien réussie est une formation au bon usage de la liberté. Au fur et à mesure que l'enfant grandit, il devient un adolescent, puis un jeune; nous devons donc accepter le risque de la liberté, en demeurant toujours prêts à l'aider à corriger des idées et des choix erronés. En revanche, ce que nous ne devons jamais faire, c'est de le seconder dans les erreurs, faire semblant de ne pas voir, ou pire de les partager, comme si elles étaient les frontières du progrès humain.
L'éducation ne peut donc pas se passer de cette autorité morale qui rend crédible l'exercice des rapports d'autorité. Elle est le fruit de l'expérience et de la compétence, mais s'acquiert surtout par la cohérence de sa propre vie et par l'implication personnelle, expression de l'amour véritable. L'éducateur est donc un témoin de la vérité et du bien : certes, il est fragile lui aussi et peut se tromper, mais il cherchera toujours à être en harmonie avec sa mission.
Très chers fidèles de Rome, ces simples considérations font apparaître combien est décisif, dans l'éducation, le sens des responsabilités : responsabilité de l'éducateur, certes, mais aussi, et dans une mesure croissante avec l'âge, responsabilité du fils, de l'élève, du jeune qui entre dans le monde du travail. Celui qui sait se répondre à lui-même et répondre aux autres est responsable. En outre, celui qui croit cherche avant tout à répondre à Dieu qui l'a aimé le premier.
La responsabilité est en premier lieu personnelle, mais il existe aussi une responsabilité que nous partageons ensemble, comme citoyens d'une même ville et d'une nation, comme membres de la famille humaine et, si nous sommes croyants, comme fils d'un unique Dieu et membres de l'Eglise. De fait, les idées, les styles de vie, les lois, les orientations globales de la société dans laquelle nous vivons, et l'image qu'elle donne d'elle-même à travers les moyens de communication, exercent une grande influence sur la formation des nouvelles générations, pour le bien, mais souvent aussi pour le mal. La société n'est toutefois pas une abstraction; à la fin, nous sommes nous-mêmes, tous ensemble, avec les orientations, les règles et les représentants que nous nous donnons, bien que les rôles et les responsabilités de chacun soient différents. La contribution de chacun de nous est donc nécessaire, de chaque personne, famille ou groupe social, car la société, à commencer par notre ville de Rome, devient un milieu plus favorable à l'éducation.
Je voudrais enfin vous soumettre une pensée que j'ai développée dans la récente Lettre encyclique Spe Salvi sur l'espérance chrétienne : seule une espérance fiable peut être l'âme de l'éducation, comme de la vie tout entière. Aujourd'hui notre espérance est assiégée de toutes parts et nous risquons de redevenir nous aussi, comme les païens d'autrefois, des hommes "sans espérance et sans Dieu dans ce monde", comme l'écrivait l'Apôtre Paul aux chrétiens d'Ephèse (Ep 2, 12). C'est ici précisément que naît la difficulté peut-être la plus profonde pour une véritable œuvre éducative : à la racine de la crise de l'éducation se trouve, en effet, une crise de confiance dans la vie.
Je ne peux donc pas terminer cette lettre sans une chaleureuse invitation à placer en Dieu notre espérance. Lui seul est l'espérance qui résiste à toutes les déceptions; seul son amour ne peut pas être détruit par la mort; seules sa justice et sa miséricorde peuvent panser les injustices et récompenser les souffrances subies. L'espérance qui s'adresse à Dieu n'est jamais une espérance pour moi seul, c'est toujours aussi une espérance pour les autres : elle ne nous isole pas, mais nous rend solidaires dans le bien, nous stimule à nous éduquer réciproquement à la vérité et à l'amour.
Je vous salue avec affection et je vous assure de mon souvenir spécial dans la prière, tout en vous adressant à tous ma Bénédiction.
Du Vatican, le 21 janvier 2008
BENEDICTUS PP. XVI
© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana


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